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Edito: « Douahou dén »

Il en aura fallu bien des brouillons. Mon édito de mercredi est resté bloqué au bout de mes doigts. Par la sidération, puis la colère. Et enfin l’indignation. Avec, jusqu’au bout, un petit espoir caché que tout ceci ne soit qu’un mauvais rêve…

Cette palette d’émotions est partagée par des milliers depuis le début de ce que l’on appelle l’affaire « Sidiki vs Mamacita ». S’il est vrai que mes gouts musicaux n’incluent pas forcément la musique chantée par la star du showbiz malien, le virtuose de la kora m’a toujours impressionnée par son art. Comme tous ceux qui vivent sous nos tropiques, je n’ai pas échappé aux vœux d’anniversaire souhaités sur sa fameuse mélodie. J’ai entendu et même fredonné quelques-uns des morceaux qui font la joie de millions de fans. Son succès, ses prix, nous les avons partagés avec lui, ambassadeur de la culture malienne.

L’une des rares chansons dont je connais quelques paroles est intitulée « Béni ». Comme dans un de ses tubes précédents, Sidiki Diabaté chante ses parents dont les bénédictions l’ont protégé et propulsé. Une vérité reconnue par tous, tant l’ampleur de sa renommée à son jeune âge, démontre une certaine « baraka ». En la réécoutant, elle m’a rappelé une autre vérité assénée chaque dimanche, lors…des mariages. La femme qui endure le plus dans son foyer est celle qui a « des enfants bénis ». La question que l’on pourrait se poser alors…je vous laisse vous la poser.

Elle soulève cependant le problème de nos paradigmes sociaux qui conditionnent à l’acceptation de la violence, de la douleur dans le mariage. Tous, de l’imam à la mère en passant par le maire ou la conseillère nuptiale (magnamagan), le répètent à la jeune mariée : le mariage ne peut se dissocier de la souffrance, « tu vas pleurer, il y aura des jours où ta vie sera amère. Il va te tromper, il va te corriger, des fois, il ne va pas te parler, il pourra être dur, difficile…Mais ! Tes pleurs seront les bénédictions de tes enfants »… Ce schéma est celui qui est imprimé dans nos cerveaux, homme comme femme. C’est ainsi que nous voyons, aujourd’hui, le rôle principal de la femme dans le foyer : la procréatrice, la nourricière, la souffrante…

Si nous posons et acceptons ce paradigme, pourquoi alors nous offusquer que ce soit ce sort qui leur soit réellement réservé ? Tous les jours, nous sommes témoins, oculaires, auditifs, par ouï-dire, de situations de violences conjugales. De la violence verbale aux coups, des tortures psychologiques (combien ne donnent pas l’argent de la popote et ramènent des maitresses couvertes de cadeaux dans le giron familial ?), les situations sont diverses et nombreuses. Nous voyons et la plupart du temps, détournons le regard. C’est leur vie privée.

Les quelques cas qui font du bruit nous jettent à la figure notre complicité. Et malheureusement, elles font beaucoup de bruit mais les lignes bougent extrêmement lentement. La nouvelle affaire, tombant dans un contexte où les réseaux sociaux ont pris une grande ampleur comme moteur de changement, fait son buzz et tous, surtout toutes, promettent qu’elle fera date dans « le combat ».

Pour que ce combat ne soit pas juste une bataille de gagné, il est essentiel que le paradigme soit bousculé. Que l’éducation, et en particulier celle des adolescents, permette de corriger ce schéma erroné. Que le bonheur des enfants ne soit plus dans les larmes mais dans le sourire de leur mère. Et que tous, nous contribuons, par notre combat, à faire naitre et durer ce sourire.

Changeons le paradigme.

Célia d’ALMEIDA

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